Croissance en berne : comment réagit l’emploi ?


► Comment expliquer la baisse du chômage de ces derniers mois malgré le déclin de la croissance ?

Pour beaucoup d’économistes, c’est la quadrature du cercle. Alors que l’activité économique s’essouffle (+ 0,2 % au troisième trimestre 2022), le marché du travail continue de se maintenir et voit même le niveau de chômage doucement décroître ces six derniers mois. Pour Denis Ferrand, directeur général de l’institut d’études économiques Rexecode, plusieurs phénomènes permettent d’expliquer cette conjoncture quelque peu inhabituelle dans le paysage économique.

Le premier élément de réponse réside dans la rétention de main-d’œuvre orchestrée par les entreprises, même celles confrontées à un déclin d’activité. « Les difficultés de recrutement et les pénuries de main-d’œuvre effraient les employeurs », soutient l’économiste. « Ils ont par conséquent maintenu l’emploi », par précaution.

Plus encore, certains ont même été amenés à embaucher : 90 000 postes ont ainsi ouvert au troisième trimestre 2022 dans le secteur privé en France. Ce phénomène touche principalement les activités consommatrices de main-d’œuvre, soit le secteur tertiaire (restauration, tourisme, commerce…), moins affecté par la hausse des coûts énergétiques que les activités industrielles.

Selon l’économiste, le maintien de l’emploi s’explique aussi par l’absence de pression en termes de liquidités : « Jusqu’à présent, les entreprises ont pu garder un niveau de dépenses assez haut car leur trésorerie n’était pas menacée », poursuit Denis Ferrand. C’est cette situation qui est en train de changer, « la performance économique n’étant pas évidente dans les mois à venir ».

Un autre élément explicatif non négligeable serait le développement intensif de l’apprentissage cette année, avec 800 000 alternants comptés en septembre 2022. « Un tiers des créations nettes d’emplois serait attribué à cette catégorie d’actifs », rappelle l’économiste.

► Cela va-t-il durer ?

Pour le moment, l’avenir reste encore flou. Mais les indicateurs laissent penser que la situation risque plutôt de se dégrader que se maintenir. Frappée par la guerre en Ukraine et une inflation en hausse, la France a vu son activité économique freiner tout au long de l’année 2022, et 2023 va certainement en subir les conséquences. La Banque de France anticipe ainsi une croissance à 0,3 % sans exclure la possibilité d’une récession, qui serait toutefois « temporaire et limitée ».

De fait, l’emploi risque de pâtir de cette conjoncture. Avec la hausse des coûts énergétiques, des salaires – notamment du smic – et la baisse de la productivité, les entreprises voient progressivement leurs marges grignotées, ce qui pourrait les amener à défavoriser l’emploi, voire débaucher.

► Doit-on craindre des vagues de licenciements ?

À l’heure actuelle, le risque reste faible. « L’emploi est une variable retardée : il faut d’abord que le cycle économique s’inverse pour qu’il y ait une réaction de la part des entreprises », souligne Denis Ferrand. Mais les difficultés vont se faire de plus en plus fortes, nuance l’économiste, ajoutant qu’on observe déjà un « ralentissement dans les flux d’embauche ».

Certains cas emblématiques ponctuent déjà l’actualité. C’est le cas notamment de Camaïeu ou de Place du Marché (ex-Toupargel), toutes deux placées en liquidation judiciaire en septembre 2022 et janvier 2023, et entraînant la suppression de 2 600 et 1 900 emplois salariés. La chaîne de magasins Go Sport a quant à elle été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble jeudi dernier.

« Certaines entreprises vont se retrouver en incapacité de régler leurs employés. Il y aura des défaillances. Et des licenciements », pronostique Denis Ferrand. Mais pour l’économiste, l’impact de ces disparitions d’emplois pourrait être atténué grâce à la plasticité du marché du travail actuelle, qui connaît une très forte mobilité dans l’emploi : « Le défi sera de réallouer rapidement les personnes qui ont perdu leur emploi à un nouveau poste. »



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