Économie, déserts médicaux, eau, numérique, collectivités : les grands défis du Cher détaillés par le préfet


Le préfet du Cher, Maurice Barate, adressait ce mardi ses vœux à la presse. L’occasion de mettre en lumière son regard sur le département, sur ses atouts et ses fragilités et, surtout d’appeler à ne « pas renoncer » ni à rester dans l’immobilisme, mais à avancer, en cultivant ses atouts.

 

Économie

 

« Parmi les grands sujets qui ont émergé en 2022, il y a eu les conséquences directes ou indirectes, ou en tout cas les accélérations liées à la guerre en Ukraine. Il y a eu l’accueil des populations ukrainiennes, qui s’est stabilisé depuis quelques temps et qui continue. Il y a eu aussi les conséquences d’un phénomène qui avait déjà commencé : l’inflation. On a bien vu les tendances esquissées par le ministère de l’Économie, qui peuvent laisser penser que 2023 sera compliquée. C’est certain. Sur le plan de l’énergie, les efforts qui ont été faits par nos concitoyens comptent et continueront à compter. » 

Il y a par ailleurs des conséquences sur l’économie, que l’on suit très attentivement avec les acteurs et les soutiens du monde économique. Le gouvernement a mis en place des mesures sans précédent pour soutenir l’économie, nos concitoyens. Nous avons présenté les dispositifs mis en place pour soutenir les petites et moyennes entreprises et les toutes petites entreprises, quel que soit le domaine, même si certaines professions le ressentent plus fortement et plus rapidement. Tout cela va continuer à nous occuper au quotidien. On va le faire bouger, évoluer, en fonction des besoins toute l’année ».

 

 

Démographie

 

« Un autre sujet m’a beaucoup marqué, c’est la démographie dans le Cher. Pour moi, cette lente érosion, ce n’est pas une fatalité. Il est important de connaître les chiffres, d’essayer de les comprendre. Mais, pour avoir échangé avec beaucoup de grands acteurs du territoire, personne n’a envie de s’en accommoder. Il n’y a pas de renoncement. Il ne peut pas y en avoir. Comment agir ? Au-delà de se dire : que peut-on faire pour nos jeunes pour leur trouver le bon débouché, la bonne filière ici, j’ai envie de répondre deux choses : aidons nos jeunes à faire ce qu’ils ont envie de faire. Quel que soit le territoire, on n’a pas toutes les filières partout. Ce qui importe, c’est que dans son parcours, le jeune une fois formé ait envie de revenir chez nous, de s’installer chez nous. Et puis, parce qu’il y a une volatilité de l’emploi, dans les souhaits, il n’y a pas de raison que des jeunes aient envie de revenir chez nous alors qu’ils sont originaires d’ailleurs. L’idée, c’est d’aller chercher les gens. Il y a des atouts à mettre en avant ».

 

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France service

 

« Les structures France services, dans leur phase précédente de déploiement, ont été finalisées dans le Cher. Il y en a 22 dans le département. On est arrivés à atteindre l’objectif. Cette carte est vivante, active. Elle ne s’arrête pas là. En 2023, on va porter une attention particulière sur le fonctionnement des France service et sur leur qualité, dans l’optique d’améliorer encore tout cela. Premièrement, toutes les structures ne sont pas forcément pour la même catégorie de personnes. On va mesurer les questions, les demandes, pour voir comment on attire sur des fonctions moins usitées. On va faire en sorte de passer à du deuxième niveau, c’est-à-dire peut-être de la visio-conférence. Enfin, on a des partenaires qui ont envie de les rejoindre. On va sans doute organiser une grande journée avec les agents pour leur apporter des temps de formation pour qu’ils puissent répondre à toutes les questions et qu’ils puissent échanger entre eux. Il faut avoir beaucoup d’attention, de soutien et de bienveillance pour des agents qui apportent beaucoup au public ».

 

La 22e structure France services du Cher installée dans le quartier des Gibjoncs, à Bourges

 

France 2030

 

« Bruno Bonnell, le secrétaire général pour l’investissement, en charge de France 2030, est venu dans le Cher récemment. Il a vu ce qui se faisait sur l’innovation avec le Cetim Centre-Val de Loire, avec l’Insa, à Vierzon. On est sur un territoire où l’on n’a pas à rougir de ce que l’on fait. On a des responsables, qu’ils soient chefs d’entreprise, directeurs d’institut, qui portent haut les couleurs du Cher et ou de leur institut. Dans le cadre de France 2030, on travaille sur le rebond industriel. J’espère qu’on va arriver à faire en sorte que d’autres entreprises puissent décrocher cela ».

 

Dotations aux collectivités

 

« 2022 a été exceptionnelle en matière de dotations directes avec la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) et la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR). Cette année, c’est encore plus exceptionnel, puisqu’on a une dotation supplémentaire sur plusieurs années, le fonds vert. C’est soit une dotation qui peut venir conforter les projets des collectivités, soit s’additionner avec la DETR ou de la DSIL en fonction des projets. Tout cela dans l’aide maximale de 80%. C’est, en matière de transition écologique, un dispositif fort. Derrière, il y a des effets concrets sur les budgets de focntionnement des communes : quand vous changez l’éclairage, ça se retrouve sur la facture d’électricité. Même chose quand vous isolez un gymnase. Cela permet aussi de faire progresser sur le tri, sur le domaine de l’eau… Il y a là une opportunité et, d’ores et déjà, les collectivités s’y sont fortement intéressées. L’objectif, c’est d’aller vite pour que cela se retrouve sur le budget des collectivités rapidement. On espère que les collectivités puissent rapidement s’en emparer pour le mettre en oeuvre au plus tôt ».

 

Face au ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, les attentes fortes des élus du Cher et des étudiants

 

Numérique

 

« C’est vraiment un atout pour le département. Aujourd’hui, nous sommes en avance par rapport au niveau régional. Au-delà, même, de la région. Autres atouts : ce n’est pas concentré sur un seul pôle, et c’est quelque chose qui a déjà un chainage. Il y a des formations, des start-ups, des entreprises confirmées. C’est un bon signe pour un ancrage. On va essayer de pousser l’avantage tous ensemble. »

 

Déserts médicaux

 

« Il n’y a pas une solution, mais il y a beaucoup, au-delà des bonnes volontés, de bonnes initiatives qui sont prises, avec des modèles qui se complètent et qui viennent répondre à des besoins. Le Conseil national de la Refondation sur la santé a fait émerger des propositions dont on va voir, avec l’Agence régionale de santé, comment elles vont pouvoir se décliner en 2023. Je veille avec mes services à l’aspect opérationnel des choses, au fait que l’on soit en situation de répondre au mieux possible aux situations d’attente de nos concitoyens. Face à ce défi, il faut essayer de se fédérer, de partager encore plus les bonnes pratiques. »

 

ace aux déserts médicaux, un groupe de députés, dont Loïc Kervran et Nicolas Sansu, proposent de réguler l’installation des médecins sur le territoire

 

Ressource en eau

 

« C’est un sujet marquant de la période estivale 2022. On ne s’en est pas trop mal sortis sur l’aspect distribution de l’eau potable, mais on a vu qu’on était limites. Cela a mis en lumière le fait qu’on avait atteint des niveaux qu’on ne connaissait pas. On était arrivés à des mesures de niveaux des nappes phréatiques et de cours d’eau qui n’étaient pas sur nos statistiques. Il faut bien en avoir conscience. On était à des niveaux où ne savait pas comment allait réagir la nappe d’eau parce qu’on n’avait pas de modèle. À l’heure où on parle, le barrage de Sidiailles vient à peine de remonter. Notamment parce que j’ai pris des arrêtés pérfectoraux. Une partie de l’explication est naturelle, l’autre est mécanique. Le sujet du suivi de l’eau, désormais, n’est plus un sujet seulement estival. C’est un sujet annuel. Ca nous demande, services de l’État et partenaires, une attention constante ».

 

Le risque de manquer d’eau potable dans le Cher « n’est plus seulement théorique »

 

« Il y a un sujet de préservation de la biodiversité, du milieu, d’attention à avoir pendant la période estivale, mais ça veut dire que dans le cadre de notre organisation sur la distribution de l’eau, on a des gros efforts à faire qui vont prendre des années, qu’il faut prendre, tout de suite, à bras-le-corps. Dans quelques semaines, fin février ou début mars, il y aura un temps avec toutes les collectivités et tous les gestionnaires en responsabilité sur la distribution de l’eau. Quand on voit que près de la moitié des besoins en eau de la population du Cher part dans la nature, cela pose question. On va regarder quelles sont les choses à faire en priorité ».

 

Interconnexions des réseaux

 

« On est très nombreux à en vouloir. Il faut agir en premier là où c’est le plus crucial, dans les hameaux ou villages qui risquent de manquer d’eau potable dans les années à venir. Et puis là, la solution n’est pas très éloignée, parce que la connexion est plus facile, qu’il y a eu des études et qu’un financement est prêt… Cela permet d’avoir des valeurs d’exemple et progresser pour embarquer tout le monde progressivement. Pour moi, il n’y a pas de schéma arrêté. Il y a des solutions à adapter en fonction des territoires ».

 

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Fusion des communes, fusion des intercommunalités

 

« On a une carte avec 16 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Ce que je dis régulièrement aux élus, c’est que dans ce domaine-là, il y a une opportunités qui a commencé en 2022 : 2023 voire en 2024, année d’élections européennes, sont des années sans élections qui ont une conséquence forte sur les enjeux nationaux ou locaux. S’il y a des opportunités, des vélléités d’aller plus loin, on traitera avec attention et célérité les demandes qui nous seront présentées. Il n’y a pas de pression. Mais une incitation. On aidera les communes et les EPCI qui fusionneront. Dans le Cher, on a un nombre de communes sous les 500 habitants importants. Quand on arrive sur des chiffres plus bas, cela pose des questions de seuil pour faire. Tout cela est de l’initiative des élus. Je ne peux que leur rappeler que nous les aiderons. Pour le conseil, nous sommes là aussi ».

 

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Propos recueillis par Valérie Mazerolle



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