Bien dans mon assiette

L’un des plus gros changements provoqués par mon cancer a été d’ordre alimentaire. Avec le recul, je me rends compte que l’arrêt du sucre au moment où la maladie est entrée dans ma vie ne constitue que la partie émergée de l’iceberg. Le reste de mes habitudes a évolué plus progressivement, même si mon but a toujours été le même : essayer de donner à mon corps ce dont il a besoin, sans renoncer au plaisir de manger. Ça peut paraître simple. Ça ne l’est pas quand une tendance chronique aux compulsions vous fait préférer les frites aux épinards.

J’ai changé mon rapport aux légumes. J’en mangeais déjà tous les jours, mais lorsque ma micronutritionniste m’a dit qu’elle en recommandait, au déjeuner et au dîner, une portion de 200 à 250 grammes, j’ai été surprise de constater que j’étais loin du compte. J’ai doublé les doses, balance à l’appui. Ça a si bien accru ma sensation de satiété que j’y ai pris goût. Je n’en reviens pas moi-même : après avoir dit pendant des années que je n’aimais pas les brocolis, voilà que j’en mange un jour sur trois ! Le fait de bien les digérer et de les parer de vertus protectrices -la crainte de la récidive reste entière- n’est pas pour rien dans ce revirement.

En revanche, je ne me mets aucune pression pour les cuisiner. J’ai compris que ça n’était pas mon truc. Je me mets aux fourneaux le dimanche parce que j’ai du temps et que j’écoute des podcasts en même temps, mais le reste de la semaine, je connais les rayons de Picard par coeur. Après trois ans d’hésitations, j’ai tout de même cédé à l’appel du Vitaliseur le mois dernier. J’en avais assez de mon panier vapeur Ikea. J’ai enfin investi dans ce cuit-vapeur de luxe -259 euros le modèle familial- pour cuire haricots verts du marché et compote de pommes de Gustave à 95 degrés, une chaleur douce qui est censée en conserver les éléments nutritifs. On m’avait dit que ça préservait aussi les saveurs. Honnêtement, je ne vois pas la différence avec mes anciens ustensiles, mais l’objet est tellement beau que je ne regrette pas cette acquisition « bonne conscience ».

Le matin, l’adoption du Miam-Ô-Fruit a simplifié mon petit déjeuner. Il s’agit d’une recette culte de la gourou du bien-être France Guillain, variation de la crème Budwig de la médecin et diététicienne Catherine Kousmine. Dans un bol, on mélange une demi banane écrasée, deux cuillères à soupe d’huile de colza, le jus d’un demi citron, trois cuillères à soupe de graines moulues (lin, sésame et autres) et un fruit coupé en morceaux. C’est délicieux et ça tient au corps -je mange quand même du jambon, des sardines ou un oeuf en plus. Ça nécessite dix minutes de préparation, ce qui a l’immense avantage de me décourager de m’en servir deux autres dans l’après-midi -le coup classique de tous mes précédents aliments de petit déj.

Pas à pas, avec patience, méthode et détermination, j’examine chaque élément qui coince dans mon alimentation. Outre le sucre, j’ai fini par arrêter le pain et les fritures, qui dégénéraient en crises et me déclenchaient des maux de ventre carabinés. Je n’y suis pas arrivée du premier coup. Comme un fumeur accro à la nicotine, je m’y suis reprise à plusieurs fois. Peut-être que je replongerai. Peu importe : je note que les craquages s’espacent, perdent en intensité et sont composés d’aliments moins nocifs que par le passé. Selon les saisons, je me fais des orgies de pastèque, de muscat, de clémentines. En cas de crise plus sévère, j’ai remplacé les tartines beurrées de Campagrain par des gnocchis, que je m’avale froids, à même le sachet. Je prends plaisir à me les avaler comme des chips, sauf que l’appli Yuka trouve ça « excellent » et que mon estomac les supporte mieux que des Curly.

Tout cela ne m’a pas fait maigrir. J’ai repris le poids que j’avais perdu pendant mes traitements. Mon hormonothérapie joue peut-être -selon ma gynécologue, la ménopause provoquée par ces médicaments fait parfois grossir. Souvent, une petite voix intérieure me souffle que je serais mieux avec deux kilos en moins. J’apprends à ne plus l’écouter. Je vise l’apaisement, pas la minceur. Le balayage corporel -le fait d’essayer, durant la méditation, de ressentir tour à tour chacune des parties du corps- m’aide à me connecter à mon organisme. La lecture du livre Réapprendre à manger, de Jan Chozen Bays (éd. Les Arènes), m’a permis de mieux distinguer les sept sortes de faim : des yeux, du nez, de la bouche, de l’estomac, des cellules, de l’esprit et du coeur. Je me concentre sur celle des cellules et cherche de moins en moins dans mon assiette ce que l’alimentation ne peut me donner.

Sur Instagram, plusieurs d’entre vous me demandent comment je m’accommode d’un régime aussi strict à l’extérieur de chez moi. Quand je suis invitée, je refuse tout dessert sucré mais mange le reste, histoire de limiter les incompréhensions. Au restaurant, je vérifie surtout que le plat que je commande ne contient pas de lait -je ne tolère plus le lactose depuis plusieurs années. Mais je suis souvent frustrée : il n’y a jamais assez de légumes, et les fruits en dessert sont rares. Je n’ai jamais été aussi heureuse de dîner chez moi.

Cette semaine dans ma chronique mode, je reviens sur mon coup de coeur pour le dernier défilé Celine par Hedi Slimane.

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