Désinformation : quelles conséquences après la suppression de CrowdTangle par Meta ?

Cette année, du Mexique au Venezuela en passant par l’Inde, pas moins de 76 pays du monde organisent une élection. Et pourtant, c’est bien l’année 2024 que choisit le groupe Meta pour annoncer la suppression de son logiciel d’analyse de désinformation, CrowdTangle. Ce dernier sera mis hors service après le 14 août, annonce le géant des réseaux sociaux – soit trois mois avant l’élection présidentielle américaine.

Depuis des années, et notamment pendant les précédents cycles électoraux, CrowdTangle a permis à ses utilisateurs de suivre en temps réel la propagation de théories du complot, d’incitations à la violence ou de campagnes de manipulation pilotées de l’étranger. Déjà, en 2019, lors des élections en Louisiane, le logiciel a permis de détecter de mauvais horaires d’ouverture des bureaux de vote qui circulaient sur les réseaux.

Puis, en 2020, Facebook a proposé l’outil aux responsables électoraux américains de tous les Etats pour les aider à « identifier rapidement la désinformation, l’ingérence et la suppression d’électeurs ». L’année suivante, alors que Donald Trump criait à la fraude électorale, le logiciel a identifié une vague de messages complotistes juste avant l’invasion du Capitole.

Réduire la transparence

CrowdTangle, que Meta a racheté en 2016, propose en outre au public des tableaux de bord pour suivre ce que les principaux candidats publient sur leurs pages officielles et de campagne. La suppression de l’outil s’inscrit, selon les experts, dans la tendance actuelle des grandes plateformes numériques à réduire la transparence. « L’abandon de CrowdTangle […] porte atteinte au principe fondamental de transparence », et constitue une « menace directe » pour l’intégrité des élections, indiquent une dizaine d’observateurs et de chercheurs dans une lettre.

Et, à l’occasion des élections, « la suppression de l’accès à CrowdTangle limitera considérablement la surveillance indépendante des dommages » causés par la désinformation, déclare à l’AFP Melanie Smith, directrice de recherche de l’Institute for Strategic Dialogue.

Par ailleurs, la décision de la maison mère de Facebook et d’Instagram survient après que de nombreux journalistes ont utilisé CrowdTangle pour rapporter des informations peu flatteuses pour l’entreprise, en particulier au sujet de ses difficultés à modérer les contenus sur ses plates-formes et sur l’abondance de jeux piratés présents sur son application de jeux vidéo. Ainsi, CrowdTangle a permis de « tenir Meta responsable de l’application de ses propres règles », souligne Tim Harper, analyste politique au Center for Democracy & Technology.

Une nouvelle bibliothèque de contenus

En guise de remplaçante, Meta a annoncé la création d’une nouvelle bibliothèque de contenus qui contiendra, selon le porte-parole du groupe, Andy Stone, « des données plus complètes que CrowdTangle » et qui sera mise à la disposition des universitaires et des organisations électorales à but non lucratif.

Mais, à la différence du précédent logiciel, cette nouvelle bibliothèque ne sera pas mise à la disposition des médias à but lucratif. Elle n’aura pas non plus les mêmes fonctionnalités, soulignent les chercheurs, dont l’ancien directeur général de CrowdTangle Brandon Silverman. Ce dernier note que le nouvel outil est encore en cours de développement : « C’est une toute nouvelle technologie que Meta doit encore construire pour protéger l’intégrité des élections. » Le compte à rebours est lancé.



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