Discours de Zelensky à l’Assemblée : pourquoi l’hémicycle était si clairsemé

L’image a sauté aux yeux de nombreux observateurs, ce vendredi 7 juin. Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky était reçu à la tribune de l’Assemblée nationale française pour y prononcer un discours dans la matinée devant les députés, ces derniers étaient loin d’être unanimement présents dans l’hémicycle.

Les députés Renaissance et de la majorité présidentielle étaient ainsi les seuls à être majoritairement présents. Les députés écologistes et socialistes, dans une certaine mesure, étaient également au rendez-vous.

Au contraire, parmi les absents, les rangs des députés LR étaient particulièrement vides, avec l’absence notable de leur chef de file, Olivier Marleix, ou du président du parti, Eric Ciotti. Pareillement du côté des députés LFI et communistes, très peu nombreux dans l’hémicycle ce vendredi matin. Ou encore du côté du Rassemblement national, à l’exception de quelques députés présents autour de Marine Le Pen.

« Une instrumentalisation du conflit »

Bien sûr, de nombreuses raisons peuvent tenir un député hors de l’hémicycle. Le vendredi est notamment un jour très souvent balisé pour les élus afin de se rendre dans leur circonscription, à la rencontre des citoyens dans leur permanence parlementaire ou bien d’acteurs locaux. De son côté, le coordinateur national et député de La France insoumise Manuel Bompard a par exemple expliqué sur X (ex-Twitter) son absence par la « campagne » des européennes, alors que les partis politiques ont jusqu’à ce soir minuit pour faire campagne avant le scrutin de ce dimanche.

Mais le timing de cette venue de Volodymyr Zelensky a notamment suscité des réactions mitigées à la gauche de l’hémicycle. Côté LFI, Arnaud Le Gall a par exemple regretté un discours « qui n’est pas le bienvenu deux jours avant les élections » européennes ce dimanche, « sans débat » à l’Assemblée. « Ce n’est pas le bon jour, il y a une instrumentalisation du conflit », a abondé le député Insoumis Bastien Lachaud.

Du côté des communistes, aux rangs également clairsemés, même son de cloche à propos du timing de cette venue. « Ecouter le président d’un pays que nous soutenons dans sa résistance à Poutine est important », a estimé le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. Mais ce dernier s’est dit « extrêmement inquiet des propos tenus par le président Zelensky » et de parallèles faits avec la Seconde guerre mondiale. « Il appelle à ce que l’Europe entre dans une troisième guerre mondiale, nous avons tous dit ’plus jamais ça' ». Fabien Roussel a enfin critiqué les annonces faites ce jeudi par Emmanuel Macron, notamment sur la cession de Mirage 2000-5 à l’Ukraine. « Nous demandons a minima un débat au Parlement avec un vote », a-t-il insisté.

Mais la prise de position qui a fait le plus polémique fut bien celle d’un député La France insoumise, Jérôme Legavre. Ce dernier, également membre en parallèle du Parti ouvrier indépendant (POI), un mouvement trotskiste, a publié un communiqué intitulé : « Non, Zelensky n’est pas bienvenue en France, et Poutine ne le serait pas non plus », dans lequel il met dos-à-dos les dirigeants russes et ukrainiens dans les responsabilités de la guerre en Ukraine.

« Zelensky, présenté ici comme le défenseur de la démocratie, a interdit 11 partis d’opposition, réprime les syndicats, a promulgué un état d’urgence qui suspend les libertés publiques. Il faudrait se réjouir de l’accueil en grande pompe de ce personnage au moment où Macron envisage d’envoyer des troupes en Ukraine ? » écrit encore Jérôme Legavre. Des propos qui lui ont valu des condamnations d’élus Renaissance, comme Benjamin Haddad, député de Paris. « Zelensky devrait adhérer au Hamas, il aurait peut-être une chance de se faire applaudir par La France insoumise », a réagi ce dernier sur X.

« Un magnifique moment parlementaire »

De leur côté, les élus Renaissance se sont félicités de cette venue de Volodymyr Zelensky, qui doit signer ce vendredi soir à l’Elysée deux accords avec Emmanuel Macron, à hauteur de 650 millions d’euros de prêts et de dons. « C’est vraiment pinailler et faire des polémiques à deux balles si vous me pardonnez cette expression », a rétorqué la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet face à la presse. « Je trouve que c’est un magnifique moment parlementaire », a-t-elle déclaré, se disant « fière » de recevoir le président ukrainien.

« C’est un honneur fort qui est fait aux députés de la République de pouvoir accueillir le président Zelensky. Il a pu faire un discours extrêmement fort d’amitié envers la France et du soutien dont il a besoin », a déclaré à l’AFP Sylvain Maillard, président du groupe Renaissance. « C’était un discours grave, extrêmement fort qui nous rappelle à nos responsabilités », a également jugé la cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain.

« Discours important de Volodymyr Zelensky à l’Assemblée nationale française qui rappelle que ‘sans l’implication du monde entier, l’Europe n’aurait pas gagné la guerre' » a quant à lui estimé sur Twitter Broris Vallaud, chef de file des députés socialistes au lendemain des commémorations du D-Day. Peu de réactions, en revanche, du côté du Rassemblement national ou des Républicains, que ce soient les présents ou les absents. Parfois, le silence vaut plus que mille mots.



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