Législatives chez LR : l’appel du pied de Bardella, le cas Ciotti, le message de Renaissance



De l’art de lire un résultat électoral. Des élections européennes, prélude à la dissolution de l’Assemblée nationale, il serait tentant de retenir deux données : l’effondrement de la majorité présidentielle et l’inexorable l’ascension du Rassemblement national (RN). L’Elysée en a retenu une autre, conforme à ses intérêts. « Il y a dans ce pays une majorité qui appartient à l’arc républicain et qui ne se reconnaît pas dans les valeurs de l’extrême droite. » Déni face aux 40 % cumulés par le RN et Reconquête ? Plutôt les prémices d’une stratégie en vue du scrutin des 30 juin et 7 juillet.

Le camp présidentiel érige ces législatives anticipées en combat contre l’extrême droite. De cette solennité, l’exécutif tire une conséquence politique : l’appel au rassemblement des forces républicaines pour empêcher l’arrivée à Matignon de Jordan Bardella.

Le secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné a annoncé que la majorité « donnera l’investiture » aux députés sortants, y compris d’opposition, appartenant au « champ républicain » et souhaitant « s’investir dans un projet clair » autour de la majorité présidentielle. Le message, qui vise essentiellement Les Républicains (LR), est simple : l’exécutif souhaite, encore et toujours, des ralliements sous sa bannière. Comme en 2022, lorsque Emmanuel Macron opposait des candidats « Ensemble ! » à une série de députés LR Macron-compatibles, coupables d’avoir conservé leur étiquette.

Une forme de ralliement soft

Deux ans ont passé. Les prochaines législatives ne suivront pas la réélection d’Emmanuel Macron mais une débâcle électorale du pouvoir. Alors, l’Elysée s’adapte. Pour attirer des députés sortants dans ses filets, l’exécutif promet de faire le premier pas. Le programme présidentiel pourrait être modifié. « En 2022, on tendait la main mais ce n’était pas amendable, note un fidèle du chef de l’Etat. Là, l’idée est de refonder et de se mettre d’accord sur trois ou quatre priorités. » Et d’offrir une liberté accrue à ses macronistes de la dernière heure. « Le deal, c’est surtout qu’ils votent les budgets », note une ministre.

Le Rassemblement national s’intéresse aussi à la droite, bête blessée par un nouvel échec aux européennes. Marine Le Pen a assuré lundi qu’elle envisageait de ne pas présenter de candidat RN face à des candidats LR avec lesquels un accord aurait été trouvé, afin de « faire le rassemblement ». Le président du parti d’extrême droite Jordan Bardella a lui évoqué des « discussions » avec « des cadres des Républicains, à qui je souhaite tendre la main », refusant toutefois de dire clairement s’il s’était entretenu avec le chef du parti Eric Ciotti.

Les Républicains (LR), traversés par d’intenses dissensions stratégiques, restent fidèles à leur stratégie d’indépendance. Ni RN, Ni Macron. En apparence, du moins. « Il est hors de question d’entrer dans une coalition avec ce pouvoir qui a tant abîmé la France, avance sur X (ex-Twitter) le président de LR Eric Ciotti. Fidèles à nos valeurs, nous allons mener cette campagne autour des valeurs de la droite ! » Un cadre, issu de la droite modérée, confirme : « Renaissance veut faire une OPA sur la droite. Je ne ferai pas campagne sur une coalition ou une soumission à Macron, mais sur l’incarnation d’une troisième voie entre Bardella et lui. »

Cette ligne a été confirmée lundi lors d’une réunion du groupe LR, puis à l’issue d’une réunion stratégique de l’état-major du parti. Mais le diable se niche dans les détails. Ce positionnement indépendant prévaut d’ici au premier tour, une ambiguïté stratégique flottant sur la suite des événements. Quid, ainsi, d’éventuels accords de désistement entre les deux tours ? La droite pose un voile pudique sur ce sujet mortel.

Le cas Ciotti

Rien ne dit que cette ligne sera tenue à la lettre. Le groupe LR tient davantage de l’agrégat d’individualités que du bloc homogène. Ses 61 membres sont issus de circonscriptions aux sociologies diverses, aussi bien favorables à l’extrême droite qu’à Emmanuel Macron. Tous pensent d’abord à leur survie. Ces spécificités locales peuvent pousser une poignée d’entre eux à changer d’étiquette ou nouer des accords insidieux. Un membre de gouvernement évoque déjà le risque mortel d’élus LR dans certaines « triangulaires face à nous et le RN ». « Certains vont se poser la question d’un rapprochement avec le RN », anticipe un cadre.

Le cas d’Eric Ciotti fait trembler en interne. Les propos du député des Alpes-Maritimes lundi en réunion de groupe au sujet du RN ont semé le doute chez certains participants. Plusieurs députés soupçonnent l’élu de préparer un rapprochement avec le RN pour sauver son siège, alors que Jordan Bardella est arrivé largement en tête à Nice aux européennes. « Il veut d’abord sauver sa peau à Nice. Peut-être est-il aussi dans une démarche de se dire : ‘ils y seront peut-être, je veux en être », note un député. « Il m’a semblé parler d’union des droites », ajoute un autre. Le patron des Républicains a récemment évoqué à un cadre LR la formation d’une « Nupes de droite ».

L’installation des groupes à l’Assemblée nationale est enfin un « troisième tour » insidieux. Des manœuvres peuvent alors avoir lieu en vue de l’obtention d’une majorité absolue, qui a tant manqué au gouvernement depuis 2022. LR n’a guère de chance d’obtenir plus de 289 députés avec ses petits bras, Renaissance est encore sonnée par la catastrophe des européennes. Un conseiller LR anticipe : « Cet accord de troisième tour est l’hypothèse qui sera soutenue par le plus grand nombre d’élus. » Le président du Sénat Gérard Larcher ne redoute-t-il pas une paralysie parlementaire, tremplin du RN pour 2027 ? Ce « troisième tour », l’Elysée l’a aussi en tête. Quand les armes auront parlé, viendra peut-être le temps des diplomates. Pour l’heure, place à une drôle de guerre.



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