Russie : qui est ce chercheur français arrêté et soupçonné d’espionnage ?

Il est désormais considéré comme un ennemi par le Kremlin. Laurent Vinatier, spécialiste de l’espace post-soviétique et membre d’une ONG suisse – le Centre pour le dialogue humanitaire (HD) oeuvrant dans la médiation des conflits -, a été arrêté le jeudi 6 juin par le Comité d’enquête de la Fédération de Russie. Motif ? Il est accusé d’avoir « recueilli des informations dans le domaine des activités militaires et militaro-techniques de la Fédération de Russie » durant plusieurs années, informations « pouvant être utilisées contre la sécurité de l’Etat ».

Laurent Vinatier se voit notamment reprocher de ne pas s’être signalé en tant qu’ »agent de l’étranger », un motif passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. Selon la justice russe, il aurait dû, de lui-même, comprendre qu’il pouvait tomber sous le coup de cette législation et demander à être placé sur le registre dédié.

Les choses s’accélèrent encore ce vendredi : le Comité d’enquête russe, un puissant organe d’investigation, a demandé le placement en détention provisoire du chercheur français, a indiqué à l’AFP son avocat, Alexeï Sinitsyne.

Docteur en philosophie

Docteur en philosophie, Laurent Vinatier a d’abord travaillé en 2001 pour l’Otan au sein du cabinet du conseiller du secrétaire général pour les affaires d’Europe centrale et orientale. Il s’est progressivement spécialisé sur la zone postsoviétique, couvrant les affaires politiques et les phénomènes migratoires en Asie centrale, dans le Caucase et en Russie. Il a ensuite étudié le conflit en Tchétchénie dans le cadre d’un doctorat soutenu en décembre 2008 à l’Institut d’Études politiques de Paris, puis a travaillé comme consultant pour le Comité international de la Croix-Rouge.

En 2014, il rejoint le Centre pour le dialogue humanitaire, institution discrète basée en Suisse, qui œuvre, souvent en coopération avec les Nations unies, dans le domaine de la diplomatie informelle. Ce dernier a par exemple joué un rôle de premier plan dans la conclusion de l’accord céréalier signé en juillet 2022 entre Kiev et Moscou, sous le patronage de la Turquie et de l’ONU.

De fortes tensions

Jeudi soir, le jour de son arrestation, le président de la République Emmanuel Macron a inscrit le cas de Laurent Vinatier dans la droite ligne des « intoxications », « menaces » et « provocations » menées par le Kremlin contre la France. « En aucun cas il ne travaille, ou travaillait pour la France, mais nous lui fournirons toutes les protections consulaires nécessaires », a-t-il précisé.

Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions entre Moscou et Paris. Alors qu’Emmanuel Macron a décidé de durcir le ton vis-à-vis de la Russie et évoqué l’envoi d’instructeurs militaires en Ukraine, ainsi que la possibilité pour Kiev de frapper le territoire russe avec des armes françaises, plusieurs services de renseignements européens ont alerté ces derniers jours sur les risques de sabotages russes en lien avec la guerre en Ukraine.

Le 4 juin, un homme de nationalité ukrainienne et russe, âgé de 26 ans, a été placé en garde à vue à la DGSI après avoir été blessé par un engin explosif improvisé dans sa chambre d’hôtel près de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Une enquête a depuis été ouverte par le parquet national antiterroriste.



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